Le Président de l'APE M. Emile Soutovski: «Il s'agit d'une lutte extrêmement serrée»
Auteurs : Marina et Serguei Makarytchev – observateurs d'échecs

La troisième étape du Grand Chess Tour commencera demain à Saint-Louis aux Etats-Unis. C'est une épreuve combinée de très haut niveau qui réunit les grands maîtres les plus forts du monde. Cette année le tournoi adopte un nouveau schéma bien particulier : les joueurs participeront dans trois étapes combinées où les résultats en parties rapides autant que blitz sont pris en compte avant de procéder à un tournois classique. A la fin de l'année les quatre leadeurs de cette compétition mixte se rendront à Londres pour se battre dans les demi-finales et le final en alternant le blitz, les parties rapides et les échecs classiques. Entre-temps, la lutte pour le poste du président de la Fédération internationale des échecs commence à s'intensifier. Trois candidats participent à la campagne électorale : le premier vice-président de la FIDE Georgios Makropoulos (Grèce), le russe Arkadi Dvorkovitch et l'anglais Nigel Short. Selon l'avis général uniquement les deux premiers candidats ont de fortes chances à gagner. M. Makropoulos bénéficie du soutien de l'administration de la FIDE et plusieurs fédérations nationales tandis que M. Dvorkovitch profite de celui d'une partie importante du public professionnel ainsi que « commun ». La décision unanime de l'Association des professionnels des échecs (Association of Chess Professionals, ACP) de soutenir M. Arkadi Dvorkovitch aux élections prochaines le témoigne. Nous avons demandé M. Emile SOUTOVSKI, grand maître, président de l'ACP de commenter cette décision.

– M. Soutovski, pourriez-vous expliquer les raisons de cette décision ? Quelle est votre vision de la situation avant les élections?
– Les raisons sont assez simples. M. Dvorkovitch est une personne bien respectée qui est loin d'être novice dans le monde des échecs. Il a organisé plusieurs tournois d'une importance internationale considérable, y compris des tournois de candidats et des matchs pour le titre du champion du monde. Ce qui nous est très important, c'est qu'il est prêt à discuter et à soutenir les idées que l'APC essaye de promouvoir pendant des années sans trouver la moindre réponse de la part de la FIDE. Surtout pendant les deux dernières années puisque la FIDE est enlisée dans des guerres intestines, par conséquent de nombreux problèmes les plus importants dans le monde des échecs professionnels n'ont pas été traités du tout. Nos appels, nos messages sont très souvent restés sans aucune réponse ou n'en ont reçu qu'une réponse formelle. Il y avait eu de nombreuses situations conflictuelles, mais la FIDE ne faisait rien pour les résoudre par crainte de faire dégrader ses relations avec certaines fédérations nationales ou parce que toutes ses ressources étaient concentrées sur la lutte politique intérieure. Plusieurs questions sont à résoudre, c'est pourquoi déjà en 2017 nous avons déclaré que nous ne resterions pas silencieux lors de la présidentielle 2018, et cela, pour la première fois dans notre histoire !

Le programme de M. Dvorkovitch contient plusieurs idées que nous avons avancées auparavant. En plus, notre décision a été influencée par une évaluation très négative de la précédente direction de la FIDE. Par exemple, bien que le budget du match pour le titre du champion du monde 2016 était le plus grand, la cagnotte de prix était la plus petite depuis 1969. Je le cite juste pour vous donner une idée !

– La cagnotte du dernier match à New York était de 1 million de dollars, mais les précédentes avaient bien été plus élevées...

– Oui, c'était un million la dernière fois, cette année cela devrait être aussi un million, et les cagnottes précédentes avaient été un petit peu plus élevées. Il est clair que la tendance est descendante, mais en même temps, je le rappelle, le budget global des matchs augmente en permanence, tandis que la cagnotte de prix diminue ou reste au même niveau. C'est absolument absurde. Mais ces incohérences financières épouvantables, la direction de la FIDE les a toujours couvertes, elle en avait l'intérêt.

– Croyez-vous qu'il ait été dépensé trop d'argent pour organiser les matchs ? Pensez-vous à la société Agon qui a été l'organisateur de tous les derniers championnats ?

– Si j'avais assez d'espace dans le journal, j'aurais pu le raconter en détail. Je pourrais parler de l'implication d'Agon et de Makropoulos, parler de l'inefficacité des dépenses. Agon a utilisé des méthodes de calcul éphémères pour en foutre plein les yeux à tout le monde, cette société parlait de 1,5 milliards de spectateurs qui auraient suivi le match. Mais en réalité, le match a eu une très mauvaise couverture, surtout si l'on prend en compte la somme qui y avait été dépensé. Avec tels moyens, on aurait pu faire bien plus ! Et l'inefficacité de l'organisation, cela aurait fait un article à part entière ! Sans parler du match féminin que l'on ne voyait pas du tout !

Il existe un autre problème atroce, le problème duquel nous parlons sans cesse et que la FIDE ne traite guère ou très peu : c'est la lutte contre la tricherie informatique, cheat. Il est absolument indispensable de se procurer des moyens permettant d'effectuer un contrôle technique, mais aussi de la lutter au niveau de la législation. Mais en réalité, nous en avons tous été témoins : même si l'on prend la main dans le sac à quelqu'un, la FIDE ne manifeste, disons, qu'une sorte de mollesse. Le monde des échecs y est solidaire avec nous.

L'autre problème, c'est le système du Grand Prix féminin de la FIDE qui est entièrement détruit, tandis que le renommé et le niveau du Grand Prix masculin est très diminué.

– C'est un atout très important de promouvoir les échecs dans le monde. Ce jeu formidable mérite bien plus de respect !

– Pour cela, il faut tout d'abord assurer plus de respect envers la FIDE, faire de manière que sa direction ne puisse pas prendre des décisions démunies de toute transparence. C'est l'absence de la transparence qui mène au manque de respect envers la Fédération. Les gens ont le sentiment que c'est une petite boîte où deux ou trois personnes décident ce que les autres doivent faire… Tandis que la FIDE est une des organisations internationales sportives les plus grandes, réunissant à peu près 188 pays… Ce n'est pas par hasard que M. Dvorkovitch a dit que son expérience professionnelle dans la FIDE pourrait être utile. Bien sûr, la FIDE n'est pas une organisation parfaite, mais, quand même, c'est un autre niveau d'organisation d'événements, un autre niveau d'interaction avec des mécènes. Pourtant, j'ai le sentiment que le monde des échecs, malheureusement, est resté dans les années 1990.

– Selon vous, quelles sont les chances de M. Dvorkovitch de gagner les élections ?

– Certainement, sa candidature a été portée assez tard, trop tard même, en violant tous les rituels habituels. Pourtant, les autres candidats à la présidentielles ont eux aussi pas mal trainé. Par exemple, M. Makropoulos, le principal adversaire de M. Dvorkovitch, ce n'est pas pour rien qu'il a été le vice-président pendant 32 ans. Il ne voulait pas trop aller en présidentielle cette fois non plus, il préférait plutôt conserver sa position de l'éminence grise. Mais il a échoué de trouver une personne qui pouvait prendre la tête de l'organisation tout en lui laissant le vrai pouvoir, or, il ne s'est porté candidat qu'il a y six mois, ce qui est assez tard.

Quant aux chances de M. Dvorkovitch, je les trouve assez élevées. Il me semble que la lutte sera très intense. Pour la première fois depuis plusieurs années le résultat est imprévisible. Oui, lorsque M. Kasparov a porté sa candidature, certains s'attendaient à une lutte bien serré, mais dans les couloirs on se rendait très bien compte que M. Kasparov allait avoir beaucoup de mal pour lutter contre de politiciens expérimentés. Par contre, M. Dvorkovitch bénéficie d'une expérience politique immense qui lui permettra de tenir bien ces positions dans les manœuvres politiques. Mais la question principale, c'est la transparence des élections. Il est évident que pour l'administration actuelle de la FIDE il serait plus facile de… peut-être pas de manipuler, mais au moins d'influencer la situation d'une certaine manière. Cependant, je sais que M. Dvorkovitch bénéficie d'un soutien assez large, donc, je veux mieux m'abstenir de tout pronostic. La seule chose que je peux dire, c'est qu'il nous attend une lutte extrêmement serrée.

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ARKADY DVORKOVICH
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